Articles de presse


Jean-Jacques Herbulot : un bateau, un programme

jj_tribune "Un bateau naît avant , tout d'un programme. Aujourd'hui, le yachtman millionnaire étant devenu l'exception, ou bien le bateau est déterminé par une jauge de course, ou bien l'architecte doit s'efforcer de répondre aux besoins informulés d'une clientèle en puissance. Je crois que chacun de mes bateaux est allé au-devant des vœux d'une certaine clientèle.La Corvette, par exemple, est un bateau depetite croisière familiale. Ses dimensions (7 mètres) ne permettaient pas de lui donner la hauteur sous barrots. Aussi ai-je conçu une cabine de façon qu'une femme de taille moyenne puisse tenir debout, compte tenu du fait que la cuisine est ordinairement du ressort de l'équipière. Je pense que cette considération n'est pas étrangère au succès de la série".

J-J Herbulot La Tribune, février 1964





Jean-Jacques Herbulot, qui contrôle ici une série de coques de Vauriens, a certainement été l'un des artisans de la démocratisation de la plaisance, ouvrant la porte aux séries (…) en polyester, …

(Voile - Décembre 1999)
jjh_hel



Extraits de LOISIRS NAUTIQUES (1/9/1984)


Jean Jacques Herbulot

Ceux sans qui les choses ne seraient pas ce qu'elles sont.


Le mieux est sans doute d'aborder notre archipel par un amer connu de tous et de la reconnaître avant de jeter l'ancre dans un premier mouillage qui marquera vraiment le début de notre exploration. Ce phare, à l'entrée de la plaisance moderne, nous sommes nombreux à penser qu'il a nom JEAN JACQUES HERBULOT. Passionné et novateur, cet "ancêtre" est, à juste titre, considéré en France et au-delà, comme l'un des hommes qui ont le plus fait pour la démocratisation de la voile au cours des cinquante dernières années. Ayant pris ses distances avec l'actualité professionnelle dans une retraite souriante, par son âge et par sa carrière il se situe, avec sérénité que procure la mission accomplie, à la charnière d'une époque révolue - celle des yachtmen - et d'une ère nouvelle dont nous vivons l'épanouissement - je veux dire celle des plaisanciers. Ces deux mots par la connotation élitiste de l'un, la nuance plus populaire de l'autre, marquent bien le chemin parcouru.

La forte personnalité de JEAN JACQUES HERBULOT et celles de quelques figures très représentatives de sa génération et des suivantes immédiates ont, pendant près d'un demi-siècle, dominé le monde restreint mais extraordinairement riche des architectes navals : de ceux ?. qui se sont mis résolument à l'écoute de la foule sans cesse grandissante des amateurs de la voile et qui ont su répondre à la demande de bateaux toujours plus beaux, plus rapides, plus abordables de prix, en un mot plus performants dans tous les domaines. JEAN JACQUES HERBULOT est venu à la voile par la compétition. C'était l'époque où Virginie Herriot s'adjugeait le titre de championne olympique des 8 mètres. C'était aussi vers 1932, l'époque du Star dont la conception très en avance sur son époque fut à la base du développement des quillards monotypes et à l'origine de la véritable mutation, reprise et étendue par les dériveurs puis par les multicoques qu'? connue depuis lors la voile et la compétition. L'entre deux guerres - est-il besoin de la rappeler - fut une époque de profond bouleversement dans les m?urs, dans le choix des moyens d'existence, dans la poursuite de la créativité. Le "strong of life" d'une façon générale, s'est durci. La possibilité de survivre, même mal, en se consacrant exclusivement à la délivrance du message créateur que l'on croit porter en soi, a pratiquement disparu. C'était l'époque où l'écrivain Georges Duhamel, médecin de son état, se voulait l'apôtre, en littérature comme dans bien d'autres domaines de la création intellectuelle, du deuxième métier (alimentaire). Dans ce contexte, JEAN JACQUES HERBULOT, architecte du bâtiment de formation, fonctionnaire de la ville de Paris, qui lui assurait le bon pain quotidien, c'est, sans trop de problèmes, consacré, avec le bonheur que l'on sait, à l'architecture navale, sa véritable vocation.

Demander à JEAN JACQUES HERBULOT d'évoquer sa carrière "navale" c'est saisir l'occasion, dans un raccourci un peu étourdissant, d'entendre le palmarès des voiliers, de ceux qui les ont conçus, construits et barrés depuis un demi siècle, car rien de ce qui les concerne ne lui est étranger. Architectes, chantiers, centres d'initiation devenus peu à peu écoles de vaste rayonnement, associations prestigieuses, tout ce qui a joué un rôle dans l'essor de la plaisance prend place dans le parcours sans faute ni oubli où nous entraîne notre interlocuteur visiblement repris par son "démon" au sens grec du mot ! Je ne sais pas, je ne saurai jamais puisque je n'ai pu obtenir de lui aucune ligne écrite, si JEAN JACQUES HERBULOT possède des dons d'historiens. Ce que je sais par contre, c'est que dans ses souvenirs, il y a la matière d'une grande encyclopédie de la voile? Manque de culture ou de compétence, je n'ai pas su, hélas, tirer la quintessence de notre entretien trop bref et trop dense à la fois. Il ne m'en reste qu'un espoir, celui que pour pallier mon insuffisance, s'il lit ces lignes, il se décide, ce que je n'ai pas su provoquer, aller prendre lui-même la plume, j'allais dire le pinceau. Je dis bien le pinceau ; car c'est une véritable fresque intitulée "La voile : d'où vient-elle ? quelle est-elle ? où va-t-elle ?" que pourrait, j'en suis sûr, dérouler à nos yeux JEAN JACQUES HERBULOT. Ce serait passionnant.

Partant du Sharpie de 9m² en passant par le Finn avec un coup d'oeil pour le petit Caneton, on s'attarderait à la naissance du Vaurien, cette pépinière de futurs barreurs, puis à celle du Corsaire, porteur d'avenir de la navigation côtière. Défileraient sous nos yeux, à peine vieillis, ces archétypes à qui l'on doit, pour une large part, l'extraordinaire démocratisation de la plaisance réalisée en moins d'un quart de siècle. Dans un coin de cette fresque, on verrait s'élaborer les techniques nouvelles qui l'ont permise. De l'amazonite (isorel extra-dur) d'abord amélioré et employé, ouis abandonné par JEAN JACQUES HERBULOT, après avoir été l'objet d'une discussion entre lui et Stoempfli, on passerait au contre-plaqué, au bois moulé sans membrure, pour aboutir aux matériaux de synthèse, aux stratifiés, aux alliages composites enfin, clef de la construction en grande série, condition première, JEAN JACQUES HERBULOT l'a parfaitement compris, de la démocratisation recherchée. Cette fresque se déroulerait dans des paysages familiers hors desquels il nous serait désormais difficile d'imaginer qu'ait pu naître la plaisance telle que nous la vivons aujourd'hui. Sans les voiliers signés Herbulot et leur progéniture reconnue ou non, seraient-ils ce qu'ils sont, existeraient-ils même ces centres des Glénans, du T.C.F, de Castelnaudary, etc, ces écoles de voiles et d'aérodynamique installés sur tant et tant de rivages et de plans d'eau, salée ou non ? A cette question, je laisserai, pour conclure, le soin de répondre à tous ceux qui, à leurs débuts, ont tenu en mains la barre d'un Vaurien ou d'un Corsaire et qui, par la suite, de compétition en compétition, ont su porter la voile vers des sommets sportifs, proprement inimaginables, il y a seulement un quart de siècle.



bateauxextraits de la revue Bateaux (Février 1997)
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Jean-Jacques Herbulot


Avec ses idées iconoclastes, il a largement participé à l'explosion démocratique de la voile, lorsqu'elle n'était encore que le "yachting ". La chevelure blanche adoucit un regard d'aigle, aussi vif que les bouchains de ses voiliers. L'homme qui mit la plaisance à la portée du plus grand nombre, est confortablement installé dans un immeuble bourgeois de la capitale, témoin d'une carrière sans faille dans le nautisme, mais aussi dans le bâtiment... Architecte DPLG, Jean-Jacques Herbulot a toujours conservé des responsabilités à la mairie de Paris. Dans les années 40, il est vrai, la plaisance avait un côté saltimbanque qui ne convenait pas à un professionnel désirant gagner honorablement sa vie. Sa carrière commence bien modestement avec l'Argonaute, un voilier conçu pour l'apprentissage. Cette première commande est déjà un succès : 40 exemplaires seront construits pendant la guerre. Paradoxe, ce bateau-école est le fruit des réflexions d'un talentueux régatier, barreur de Star aux jeux Olympiques en 1932 où il termine quatrième, puis sixième à Kiel en 1936. La passion de la régate a longtemps poursuivi l'auteur du Vaurien, puisqu'il participe encore aux jeux de Melbourne en 1956, à bord d'un 5,50 m JI. Autre illustration de son goût pour la performance, le spi avec une coupe en chevron, qu'il met au point après-guerre. Véritable révolution pour l'époque. L'Argonaute est sa première commande mais pas son coup d'essai. Dès l'âge de 9 ans, il construit son premier voilier puis, en 1942, un dinghy portant environ 10 m² de toile, baptisé Ponant, fait de bric et de broc mais qui lui permet d'oublier un peu les affres de la guerre. Quelques années plus tard, lorsque Philippe Vianney inaugure son école des Glénans, il se fait offrir quelques Argonaute qui n'ont pas trouvé preneur et rentre du même coup en contact avec Jean-Jacques Herbulot. Très vite, Philippe Vianney a le désir de créer des bateaux conçus pour son école. C'est ainsi que naissent les Vaurien, Corsaire, Caravelle, Mousquetaire... la liste est longue. Travailler pour les Glénans, c'est s'inscrire dans une logique faite de simplicité et d'économie. L'amour de Jean-Jacques Herbulot pour le contre-plaqué épouse parfaitement cette philosophie, en complet décalage avec une époque où l'on ne pouvait envisager de partir en croisière à bord d'un bateau dépourvu d'une penderie pour ranger le blaser du skipper. Le yachting ne s'appelle pas encore nautisme, mais déjà le père du Vaurien déploie ses panneaux de contre-plaqué et invente des formes adaptées à ce matériau, les fameux bouchains qui accompagneront la quasi-totalité de sa carrière. Au fil des années, le contre-plaqué s'adapte, les colles deviennent de plus en plus perfor-mantes, le joint--congé se développe et, avec un peu de métier, on par-vient à arrondir les angles - comme sur la série des Beaufort - jusqu'à faire disparaître les bouchains vifs. Mais cette fidélité à un ma-tériau qui l'a fait roi de la plai-sance démocratique lui vaut d'être détrôné par le " dieu polyester ", une technique pour laquelle il n'a pas la même fibre créatrice. Dans les années 70, il connaît un bref retour en grâce, avec le Figaro, un croiseur côtier destiné à la construction amateur. Mais le cœur n'y est plus. On reste bien loin de la " folie " des années 50. A cette époque, la Redoute vendait des draps et des saladiers portant la silhouette du Vaurien en effigie. La grande distribution comme panthéon de la plaisance pour tous.

Le mieux est sans doute d'aborder notre archipel par un amer connu de tous et de la reconnaître avant de jeter l'ancre dans un premier mouillage qui marquera vraiment le début de notre exploration. Ce phare, à l'entrée de la plaisance moderne, nous sommes nombreux à penser qu'il a nom JEAN JACQUES HERBULOT. Passionné et novateur, cet "ancêtre" est, à juste titre, considéré en France et au-delà, comme l'un des hommes qui ont le plus fait pour la démocratisation de la voile au cours des cinquante dernières années. Ayant pris ses distances avec l'actualité professionnelle dans une retraite souriante, par son âge et par sa carrière il se situe, avec sérénité que procure la mission accomplie, à la charnière d'une époque révolue - celle des yachtmen - et d'une ère nouvelle dont nous vivons l'épanouissement - je veux dire celle des plaisanciers. Ces deux mots par la connotation élitiste de l'un, la nuance plus populaire de l'autre, marquent bien le chemin parcouru. La forte personnalité de JEAN JACQUES HERBULOT et celles de quelques figures très représentatives de sa génération et des suivantes immédiates ont, pendant près d'un demi-siècle, dominé le monde restreint mais extraordinairement riche des architectes navals : de ceux ?. qui se sont mis résolument à l'écoute de la foule sans cesse grandissante des amateurs de la voile et qui ont su répondre à la demande de bateaux toujours plus beaux, plus rapides, plus abordables de prix, en un mot plus performants dans tous les domaines. JEAN JACQUES HERBULOT est venu à la voile par la compétition. C'était l'époque où Virginie Herriot s'adjugeait le titre de championne olympique des 8 mètres. C'était aussi vers 1932, l'époque du Star dont la conception très en avance sur son époque fut à la base du développement des quillards monotypes et à l'origine de la véritable mutation, reprise et étendue par les dériveurs puis par les multicoques qu'? connue depuis lors la voile et la compétition. L'entre deux guerres - est-il besoin de la rappeler - fut une époque de profond bouleversement dans les m?urs, dans le choix des moyens d'existence, dans la poursuite de la créativité. Le "strong of life" d'une façon générale, s'est durci. La possibilité de survivre, même mal, en se consacrant exclusivement à la délivrance du message créateur que l'on croit porter en soi, a pratiquement disparu. C'était l'époque où l'écrivain Georges Duhamel, médecin de son état, se voulait l'apôtre, en littérature comme dans bien d'autres domaines de la création intellectuelle, du deuxième métier (alimentaire). Dans ce contexte, JEAN JACQUES HERBULOT, architecte du bâtiment de formation, fonctionnaire de la ville de Paris, qui lui assurait le bon pain quotidien, c'est, sans trop de problèmes, consacré, avec le bonheur que l'on sait, à l'architecture navale, sa véritable vocation. Demander à JEAN JACQUES HERBULOT d'évoquer sa carrière "navale" c'est saisir l'occasion, dans un raccourci un peu étourdissant, d'entendre le palmarès des voiliers, de ceux qui les ont conçus, construits et barrés depuis un demi siècle, car rien de ce qui les concerne ne lui est étranger. Architectes, chantiers, centres d'initiation devenus peu à peu écoles de vaste rayonnement, associations prestigieuses, tout ce qui a joué un rôle dans l'essor de la plaisance prend place dans le parcours sans faute ni oubli où nous entraîne notre interlocuteur visiblement repris par son "démon" au sens grec du mot ! Je ne sais pas, je ne saurai jamais puisque je n'ai pu obtenir de lui aucune ligne écrite, si JEAN JACQUES HERBULOT possède des dons d'historiens. Ce que je sais par contre, c'est que dans ses souvenirs, il y a la matière d'une grande encyclopédie de la voile? Manque de culture ou de compétence, je n'ai pas su, hélas, tirer la quintessence de notre entretien trop bref et trop dense à la fois. Il ne m'en reste qu'un espoir, celui que pour pallier mon insuffisance, s'il lit ces lignes, il se décide, ce que je n'ai pas su provoquer, aller prendre lui-même la plume, j'allais dire le pinceau. Je dis bien le pinceau ; car c'est une véritable fresque intitulée "La voile : d'où vient-elle ? quelle est-elle ? où va-t-elle ?" que pourrait, j'en suis sûr, dérouler à nos yeux JEAN JACQUES HERBULOT. Ce serait passionnant. Partant du Sharpie de 9m² en passant par le Finn avec un coup d'oeil pour le petit Caneton, on s'attarderait à la naissance du Vaurien, cette pépinière de futurs barreurs, puis à celle du Corsaire, porteur d'avenir de la navigation côtière. Défileraient sous nos yeux, à peine vieillis, ces archétypes à qui l'on doit, pour une large part, l'extraordinaire démocratisation de la plaisance réalisée en moins d'un quart de siècle. Dans un coin de cette fresque, on verrait s'élaborer les techniques nouvelles qui l'ont permise. De l'amazonite (isorel extra-dur) d'abord amélioré et employé, ouis abandonné par JEAN JACQUES HERBULOT, après avoir été l'objet d'une discussion entre lui et Stoempfli, on passerait au contre-plaqué, au bois moulé sans membrure, pour aboutir aux matériaux de synthèse, aux stratifiés, aux alliages composites enfin, clef de la construction en grande série, condition première, JEAN JACQUES HERBULOT l'a parfaitement compris, de la démocratisation recherchée. Cette fresque se déroulerait dans des paysages familiers hors desquels il nous serait désormais difficile d'imaginer qu'ait pu naître la plaisance telle que nous la vivons aujourd'hui. Sans les voiliers signés Herbulot et leur progéniture reconnue ou non, seraient-ils ce qu'ils sont, existeraient-ils même ces centres des Glénans, du T.C.F, de Castelnaudary, etc, ces écoles de voiles et d'aérodynamique installés sur tant et tant de rivages et de plans d'eau, salée ou non ? A cette question, je laisserai, pour conclure, le soin de répondre à tous ceux qui, à leurs débuts, ont tenu en mains la barre d'un Vaurien ou d'un Corsaire et qui, par la suite, de compétition en compétition, ont su porter la voile vers des sommets sportifs, proprement inimaginables, il y a seulement un quart de siècle.